Mois : juin 2026

  • After – Plongée dans l’inconnu de la conscience

    By Jam

    Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’une lecture qui m’a marquée : After, du docteur Bruce Greyson. C’est à la suite d’un gros traumatisme que la vie m’a amenée à découvrir ce livre. Si vous n’avez pas le moral, ou êtes sensible, je vous conseille de ne pas lire le paragraphe qui va suivre (maladie, mort, deuil) et de passer directement au paragraphe 3.

    Il y a deux mois, Lloween et moi avons vécu une période aussi inattendue que difficile, suivie d’un deuil brutal. Notre chat Lilas, qui allait fêter ses sept ans, a été diagnostiquée d’un cancer incurable. Malgré nos efforts et les soins mis en place, dans l’espoir de lui offrir quelques mois de répit, rien ne s’est passé comme espéré. Une semaine après la confirmation du diagnostic, nous avons dû prendre la terrible décision de la libérer de ses souffrances. Entre les premiers rendez-vous chez le vétérinaire et ce moment redouté entre tous, il s’est passé deux semaines. Deux semaines où se sont mêlés angoisse, larmes, incrédulité, impuissance, une pointe d’espoir à la perspective de traitements… et le déchirement final, la fin que nous ne voulions pas voir arriver.

    Une dizaine de jours plus tard, en pleine nuit, il m’est arrivé une chose peu banale. Je ne souhaite pas en parler ici en détail. Toujours est-il que, pour la deuxième fois de mon existence, je me trouvais confrontée personnellement à un phénomène que je n’expliquais pas.

    Je me suis souvenue de ces histoires saugrenues, entendues ou lues un peu partout, et que je prenais pour des légendes urbaines. Vous savez : la sortie de corps, le tunnel, la lumière blanche au bout… il s’avère que ces dernières décennies, le monde scientifique s’est intéressé (et continue de s’intéresser) à ces phénomènes. Le psychiatre américain Raymond Moody leur a donné un nom : les expériences de mort imminente (EMI), ou near-death experiences (NDE) en anglais. J’ai découvert qu’un autre psychiatre américain avait consacré quarante-cinq ans de sa vie à l’étude des EMI : le docteur Bruce Greyson. Son livre After sort en 2021 (Penguin Books pour l’édition anglaise – Guy Trédaniel pour l’édition française, traduction de Catherine Vaudrey).

    Pour lui, l’aventure commence dans les années 1970. Il mange des pâtes à la cafeteria de son hôpital quand son bipeur le surprend et lui fait renverser de la sauce tomate sur sa cravate. Une jeune femme a tenté de se suicider ; amenée aux urgences par sa colocataire, elle est à présent dans le coma. Armé d’une blouse pour cacher la tache de sauce, le docteur Greyson passe voir la patiente, inconsciente. Puis il quitte la pièce et rejoint la colocataire dans une salle d’attente. Il s’entretient avec elle et, comme il fait chaud, ouvre sa blouse de secours. La colocataire finit par repartir.

    Le lendemain matin, la patiente est réveillée. Précisons que la colocataire n’est pas revenue et ne s’est pas entretenue avec elle… mais quand Greyson lui rend visite et se présente, elle dit qu’elle l’a déjà vu la veille. Pas dans cette pièce-là : plus loin, au bout du couloir. Il était en train de parler à son amie… et il avait une tache de sauce sur sa cravate. C’était comme si, durant son coma, elle avait non seulement quitté son corps mais aussi la pièce où elle se trouvait, témoin d’événements qu’elle ne pouvait physiquement pas voir ni entendre. Déboussolé, Greyson met l’incident dans un coin de sa tête. Voilà qui donnera naissance à des décennies de recherches sur le sujet.

    Son premier objectif est de découvrir les mécanismes cérébraux qui, au moment de la mort, provoquent ce genre d’expérience. Il ne doute pas de leur caractère hallucinatoire ou, du moins, illusoire et matériellement explicable. C’est d’ailleurs l’idée répandue qui subsiste encore aujourd’hui : confronté à sa propre fin, le cerveau libérerait par exemple un puissant cocktail chimique, ou bien l’activité électrique se détraquerait tant qu’il parviendrait à produire ce genre de visions et de sensations.

    Seulement voilà… la réalité paraît plus compliquée. Dans ce livre, Greyson va formuler plusieurs hypothèses, mener des expériences, recueillir le témoignage de centaines (ou de milliers?) de personnes ayant vécu une EMI, ce qui lui permettra de donner un cadre plus rigoureux à ce qu’on appelle vraiment « EMI ». Peu à peu, il est amené à réviser son jugement. Il ne parvient pas à en isoler la ou les causes physiques, et commence à se demander si l’hypothèse matérialiste permet vraiment de les expliquer. La conscience est-elle générée par le cerveau ? En fin de compte, ça n’est pas prouvé. Dans ce cas… peut-elle fonctionner en dehors de lui ? L’un des arguments les plus parlants, peut-être, réside dans les perceptions et informations auxquelles certaines personnes ont accès durant une EMI. Alors qu’elles sont en état de mort clinique, ou dans un coma profond, comme la jeune femme après sa tentative de suicide, elles décrivent à leur retour des paroles, des lieux, des événements réels et vérifiés. Et pourtant : elles étaient a priori dans l’incapacité de les voir ou de les entendre. Et ce n’est, en général, que le début du voyage fou qui attend les « expérienceurs », comme on les appelle. D’ailleurs, combien sont-ils, ces expérienceurs ? Selon Greyson, 10 à 20 % des personnes en état de mort clinique rapporteront une EMI. Oui, rien que ça.

    Des réflexions et faits troublants de ce style, After en regorge. Je ne vais pas les relater tous ici, parce que je crois plus intéressant – si le sujet vous intrigue – de découvrir ce cheminement par vous-mêmes, et de vous faire votre idée. Il est aussi important de dire que l’auteur ne prétend pas avoir toutes les réponses, loin de là, et que la science est susceptible d’avancer encore dans ce domaine.

    Quant à moi, je ressors de ma lecture à la fois fascinée et abasourdie. J’ai le sentiment que ce livre m’a mis un coup de pied métaphorique aux fesses. Se pourrait-il alors que la conscience survive à la mort physique ? Une question qui mérite d’être soulevée mais à laquelle je n’aurai pas l’orgueil fort déplacé de répondre. A ce moment, on quitte le domaine de la science pour toucher celui de la spiritualité.

    Dans tous les cas, il ne s’agit pas de glorifier la mort au détriment de notre vie ici-bas, au contraire. Même si elle peut se montrer très dure, il faut se souvenir, accueillir et profiter à fond des beaux moments.

    Je dédie cette lecture et cet article à notre petit chat, Lilas. On t’aime pour toujours fifille.